Solidarité et démocratie
Dans l’histoire de la citoyenneté le 18ème siècle consacre les droits civiques, le 19ème les droits politiques et économiques et le 20ème les droits sociaux. L’Europe, malgré sa diversité offre à ses citoyens le plus haut niveau de protection au monde devenant ainsi un territoire d’accueil convoité. C’est là un des traits les plus importants qui caractérisent nos sociétés occidentales avec le marché et la Démocratie.
Droits sociaux ou solidarité et démocratie, S’il est des termes d’un usage facile et commode pour faire du « politiquement correct », nul doute que ces deux là arrivent en tête de classement derrière, il faut bien le concéder le sacro saint développement durable, et son éco responsabilité.
Pour autant, l’actualité nous montre tous les jours à quel point ces termes sont galvaudés, dénaturés, et l’on peut dès lors s’interroger réellement sur le sens que nos hommes politiques donnent réellement à ces valeurs. Mais pourquoi me direz vous s’arrêter sur un problème de sémantique en ces temps troublés ?
Mais justement car il importe toujours de s’accrocher à ces valeurs pour ne pas les voir remisées, battues en brèche parce que l’on aura su retenir l’attention du citoyen sur ce qui fait ou pas aujourd’hui la crise économique et financière.
Je parlerai dans un premier temps de la solidarité car celle-ci s’exprime de façon multiple dans notre pays et nous avons tendance à l’oublier. La retraite par répartition, la sécurité sociale, la couverture maladie universelle, les indemnités de chômage, les allocations logements, les allocations parents isolés sont autant d’expression de la solidarité. Au niveau local, les centres communaux d’actions sociales en sont une autre expression. Faut-il s’en contenter ? Bien sur que non, et les actions permanentes des associations comme notamment les restos du cœur nous le rappellent de façon criante.
L’Etat providence est sans cesse remis en cause et ce depuis de nombreuses années, cela au nom du libéralisme, du marché, de la libre concurrence, de l’efficacité et aujourd‘hui de la nécessité de rééquilibré les comptes de la nation trop endettée.
Tout cela n’est pas terminé loin s’en faut et je vais illustrer mon propos en rapportant une anecdote qu’il m’a été donné de vivre récemment. Un maire d’une petite commune en appelait à la solidarité entre communes, à un effort des communes les plus riches et les plus importantes au profit de communes dont la population est plus limitée et donc les richesses moins importantes. Le malheureux n’avait pas eu le temps de terminer son allocution qu’un maire d’une ville plus importante s’est empressé de rappeler que la richesse dont il avait maintenant la gestion trouvait son origine dans le travail de ses prédécesseurs, et surtout de ses administrés qui avaient toujours vécus là, et que cela justifiait à ses yeux qu’il en garde la gestion.
Cet échange illustre de façon idéale le terrain qu’il reste encore à parcourir pour faire progresser la notion de solidarité d’une part, la notion de démocratie d’autre part.
Car en effet, c’est sans aucun doute oublier les mécanismes de péréquation qui existent dans les finances locales entre région, entre département entre communes. C’est sans aucun doute oublier que la nation est une et indivisible et c’est sans aucun doute oublier qu’à l’autre bout de la chaine le premier endroit ou s’exprime la solidarité dans nos institutions c’est la commune au travers notamment du centre communal d’actions sociales.
Se contenter de cette seule approche témoigne pour le moins d’un sens peu développé de la politique, au plus d’un manque de compétences et de discernement dans la conduite de l’action publique. Le bon sens paysan aurait sans doute résumé cela par l’expression « chacun chez soi et les vaches seront bien gardés ». Le maire en question n’avait rien de paysan il faut bien le reconnaître.
Les nations les plus développées ne soutiennent-elles pas les nations les plus pauvres en favorisant leur développement et le maintien de leur population ?
Cela nous conduit de la notion de solidarité à la notion de démocratie. Pourquoi ?
L’anecdote citée plus haut pourrait prêter à sourire si elle n’était le révélateur d’un malaise plus profond de notre démocratie et du manque de crédibilité et de confiance qu’inspirent nos politiques.
Il faut remercier l’ensemble des citoyens qui s’investissent dans la gestion de leurs communes et qui font un travail considérable. Mais force est de constater que devant la complexité de plus en plus importante des affaires que les communes ont en charge, les élus sont souvent loin de pouvoir en appréhender tous les tenants et aboutissants.
Et pourtant, toutes les tentatives de réduction du nombre de communes ont à ce jour échoué. Doit-on attendre énormément de la réforme annoncée et des conclusions de la commission Balladur ?
Alors certes, la commune est le lieu privilégié d’expression de la démocratie, mais si nous n’abordons pas ces questions autrement que par le repli sur soi, sur son village, son clocher (oups la on s’égare l’Etat n’est-il pas laïque ? mais ceci est encore un autre débat) et ses intérêts particuliers, le pouvoir que l’on détient de son mandat, alors à quoi bon inscrire les collectivités territoriales dans la constitution car celles-ci ne sont plus ce qu’elles devraient être à savoir l’expression d’une véritable institution dotée de prérogative de puissance publique.
Avec près de 37 000 communes dont les trois quarts ont moins de 1000 habitants, la France rassemble plus de 41 % des communes de l’UE. Elle fait partie avec l’Allemagne (14 %), l’Espagne (9 %), l’Italie (9 %) et la République tchèque (7 %) des cinq pays regroupant à eux seuls 80 % des communes. A l’opposé, on ne dénombre qu’une centaine de communes de plus de 50 000 habitants.
Tout cela démontre s’il en était besoin le caractère désuet de notre « millefeuille institutionnel ».
Les tentatives de relance de la démocratie participative par la loi n’ont pas vraiment produit les effets escomptés, et ce n’est qu’en redonnant ses lettres de noblesse à la politique que l’on pourra réconcilier le citoyen avec la politique. Cela passe d’abord par le respect des institutions, et en premier lieu que les élus locaux eux même qui représentent ses institutions donnent les garanties du respect de ces institutions. C’est à ce prix que l’on pourra réconcilier le citoyen et la politique, que les engagements pour œuvrer au sein de nos institutions se multiplieront. Nos citoyens sont nombreux à œuvrer au sein du tissus associatif, et l’on ne compte plus le nombre d’associations citoyennes, caritatives etc… Ce n’est donc pas le sens de l’engagement qui est en cause, bien au contraire.
Comment redonner confiance et susciter des vocations lorsque l’on assiste aux querelles de personnes au sein des partis politiques à un moment ou le débat d’idées pour permettre au pays de disposer des moyens les plus appropriés pour faire face à la crise. Comment faire confiance à nos politiques lorsqu’un président de conseil général, ancien ministre, fait savoir qu’il compte ester en justice contre les banques, car : je cite. "Elles auraient dû nous avertir qu'au-delà de 50% de produits structurés au sein de notre dette, nous prenions des risques inconsidérés".
Alors oui, pour une meilleure solidarité et une meilleure expression de la démocratie, peut être faut–il avoir le courage de diminuer le nombre de communes en France, faire un vrai choix au niveau de l’intercommunalité, arbitrer département et région. Et bien sur aller au-delà en évoquant la formation des élus locaux, voire du statut de l’élu local.
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