Crise Financière, crise économique, les collectivités peuvent elles rassurer les citoyens ?
par M. Noël PHILIPPE
Une réunion entre les banques et les principales associations d'élus locaux sera organisée le 3 novembre 2008, et ce, «pour répondre aux inquiétudes de certaines collectivités territoriales sur le risque financier que pourraient représenter certains emprunts structurés», ont annoncé Michèle Alliot- Marie, ministre de l'Intérieur et des collectivités territoriales, et Christine Lagarde, ministre de l'Economie, dans un communiqué commun du 28 octobre 2008.
L’objectif est de déterminer le nombre de collectivités territoriales concernées par ce type d’emprunts et d'évaluer les difficultés que ces collectivités pourraient rencontrer pour prendre les mesures nécessaires.
A en juger par le silence des collectivités ou par certains appels aux secours lancés par quelques élus locaux la question : « Crise Financière, Crise économique, les collectivités peuvent elles rassurer les citoyens ? », mérite d’être posée.
N’en déplaise aux chantres du libéralisme à tous crins, l’Etat Providence a encore de beaux jours devant lui. C’est en quelque sorte la revanche de Keynes sur Friedman, et il n’est pas moins savoureux de constater que l’ensemble de ces initiatives, ô combien nécessaires, sont prises par un président qui a fait de l’Amérique de Bush un modèle.
Mais revenons à nos chères collectivités territoriales.
Claude Bartolone, président PS du conseil général de Seine- Saint- Denis, et Maurice Vincent, maire PS de Saint- Etienne participeront à la réunion organisée le 3 novembre 2008 au ministère de l'Intérieur avec les banques sur ce sujet.
Le président du conseil général de Seine- Saint- Denis, ancien ministre, a fait savoir que la dette de la Seine- Saint- Denis est composée à plus de 96% « d'emprunts toxiques » (c'est-à-dire des emprunts structurés composés de formules d’indexation sophistiquées) ce qui en fait le département le plus concerné par les risques liés à ces produits. De son côte, Maurice Vincent, maire de Saint- Etienne, a indiqué que 60% des 401 millions d'euros de la dette de sa ville sont constitués de crédits spéculatifs. Claude Bartolone, a même annoncé son intention d'ester en justice contre les banques. "Elles auraient dû nous avertir qu'au- delà de 50% de produits structurés au sein de notre dette, nous prenions des risques inconsidérés », fait valoir l'élu.
Ces deux exemples doivent nous interpeller à plusieurs titres, même si fort heureusement, la majorité des collectivités ne se trouvent pas dans ce cas de figure.
Les citoyens n’ont pas la possibilité de pointer la responsabilité des banques lorsque l’évolution des taux souscrits pour l’achat de leur logement est défavorable.
Ils ne disposent pas non plus de la même tribune pour faire valoir leur manque d’information et finalement, c’est résignés qu’ils doivent faire face à leurs responsabilités : après tout c’est en personnes responsables qu’ils ont signé leurs contrats d’emprunt !
En serait- il autrement pour nos collectivités ?
Si tel est le cas, alors non seulement, nos élus auront du mal à nous rassurer par rapport à la crise mais nous aurons encore davantage de raisons d’être inquiets car certaines collectivités seront contraintes d’augmenter les impôts.
Comment un des départements les plus importants de France pourrait-il se prévaloir d’un manque de connaissance de cette situation ? Le président aurait- il signé ces contrats sans en mesurer la portée ? Ne dispose t- il pas d’une direction financière à même de le conseiller ? Les économies à court terme sur les frais financiers justifient-elles qu’un risque élevé soit pris pour disposer de marges de manœuvres supplémentaires?
Gouverner c’est prévoir, c’est donc anticiper et savoir parfois être fourmi plutôt que cigale.
C’est être responsable et limiter la dépense plutôt que d’avoir si facilement recours à la hausse d’impôt et à l’emprunt.
Peut- on décemment rappeler ici la dette de l’Etat ?
Nos élus sont nombreux à brandir la constitution et son principe de libre administration des collectivités comme rempart contre les velléités d’un Etat jacobin. , Messieurs le président du conseil général de Seine- Saint- Denis et le maire de Saint- Etienne auraient ils renoncé à ce principe ?, Quelles mesures seront prises pour tous ceux qui vont subir la crise ? Comment expliquer aux employés des usines Renault frappés par les mesures de chômage technique qu’ils vont devoir se serrer la ceinture et restreindre leurs dépenses pour les fêtes de fin d’année ?, Pourront-ils alors se tourner vers le ministère de l’intérieur pour faire en sorte que leurs dettes soient renégociées ?, Vers qui va se tourner le chef d’entreprise qui ne trouve pas à se financer auprès des banques ?, Ces interventions jettent le discrédit sur l’ensemble des élus locaux. , Un nouvel aspect de la solidarité entre collectivités territoriales se fait jour, et plus encore, la nécessité de les réformer, d’en simplifier les niveaux pour améliorer leur efficacité et leurs compétences. , Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, dit- on en droit, et bien messieurs il faut savoir faire face à ses responsabilités, au même titre que le font chacun de vos administrés., Il aura fallu attendre le 30 octobre pour qu’une collectivité telle que le conseil régional Nord- Pas- de- Calais apporte dans l’urgence sa contribution à Oséo, plan de soutien aux PME, pour élargir son action auprès des entreprises régionales, ou bien encore que des mesures soient prises par une chambre de commerce de d’industrie. , Alors en cette période de crise, la question « Crise Financière, Crise économique, les collectivités peuvent elles rassurer les citoyens ?" mérite plus que jamais d’être posée., Force est pourtant de constater que la réponse est loin d’être celle à laquelle on est en droit de s’attendre.
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